1. Une conversation dans le ciel
Je passe le premier nuage épais et sombre. J’avance lentement, les gouttes refroidissent mon visage et je cherche à sortir. Plus tard, je me retrouve à la lumière et je tombe sur un saint, un vieux saint canut et courbé. « Où suis-je ? » je lui crie. Il me répond avec une voix douce : « Je ne le sais pas non plus. On m’avait dit que je retrouverai ici au ciel toutes les personnes auxquelles je pensais dans mon exil désertique. Mais non, il n’y a personne. C’est vraiment incroyable ». « Oui mais me voici, vous n’êtes plus seul. On pourrait conjuguer nos solitudes pour voir si nous arrivons à être moins seuls ». J’avais à peine fait cette proposition que je m’en repentis. Le vieux sentait très mauvais, et semblait violent. « Bon, repris le vieux saint, c’est peut-être une idée, mais il faut que vous sachiez que je n’aime pas les gens envahissants, je vous propose de rester avec moi, mais en silence. ». Ayant dit cela, il s’assit dans le vide et ne dit plus rien. Je sortis mon couteau et l’égorgeai sur le champ. Après quoi je me sentis beaucoup mieux.
2. Un cri
J’étais dans la salle d’attente. Je commençais à entrer en somnolence à force de regarder les stupides affiches louant les dernières prothèses de cerveau. Je pensais à la suite, à mon nouveau cerveau tout neuf. Il faut dire que j’attendais ce moment depuis trois ans, quand j’avais décidé d’épargner pour me payer cette greffe. Alors que je sombrais lentement, une lame de métal m’éclata les tympans. Un cri formidable venait de la salle d’opération d’à côté, un cri comme je n’en avais jamais entendu, bien pire que le cri d’une mère qui découvre son bébé tué par des soldats violeurs. En quelques microsecondes, le fauteuil sur lequel j’étais assis était mouillé de sueur. Et le cri ne s’arrêtait pas, il continuait fort et inextinguible. C’en était trop. Je décidai de partir au loin, loin du cri et de la souffrance. Finalement je suis content d’avoir gardé mon cerveau, même si le cri formidable m’a laissé un acouphène durable qui me rappelle à ma stupide croyance dans les progrès de la technologie médicale.
3. Une ombre
C’est arrivé je ne sais comment. J’allais faire mes courses, comme tous les vendredis. C’était l’été je me sentais bien, je regardais mes doigts de pieds, les petites perles de sueur sur la dernière phalange me faisaient penser aux vagues irisées qui m’attendaient dans l’après-midi.
4. Epaules contre épaules
J’avais pourtant bien regardé par terre, au moment de franchir le passage entre le quai et le navire. Mais c’est peut-être cette concentration excessive qui m’a fait trébucher. En tout cas, j’étais bien naïf et je croyais pouvoir me relever comme si de rien n’était. En fait, tout le monde autour m’a regardé d’un air un peu stupide et coi. Je me suis alors empressé de franchir les derniers mètres et suis venu m’écraser contre l’épaule d’un marin qui m’a lancé d’un air torve : « Bienvenue à bord, monsieur ». A ce moment là, je me suis mis à regretter follement d’avoir pris la décision de faire le chemin en bateau. Je me suis senti liquide, et je voulus m’évanouir dans le solide de la terre ferme.
5. Il y a monstre et monstre
Non la vision d’un monstre en pleine nuit n’est pas la pire chose qui puisse vous arriver. Les monstres, il peut vous arriver d’en voir en plein jour, en plein midi, comme les démons méridiens de la Bible des Septante. Ils sont désorientants.