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	<title>GR - textes en ligne</title>
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		<title>Chats, souris, école &#8211; encore un peu d&#8217;Eve (Kosofsky Sedgwick)</title>
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		<pubDate>Tue, 02 Mar 2010 09:09:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand nos chats ramènent de petits animaux blessés à la maison, qu’est-ce que cela veut dire ? La plupart des gens interprètent ces dépôts de matériel animal comme des offrandes, ou des dons, certes bien mal choisis, mais censés nous plaire ou s’attirer les bonnes grâces de nous autres, humains de nos chats. Toutefois, selon l’anthropologue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Quand nos chats ramènent de petits animaux blessés à la maison, qu’est-ce que cela veut dire ? La plupart des gens interprètent ces dépôts de matériel animal comme des offrandes, ou des dons, certes bien mal choisis, mais censés nous plaire ou s’attirer les bonnes grâces de nous autres, humains de nos chats. Toutefois, selon l’anthropologue Elizabeth Marshall Thomas, « il est possible que les chats qui ramènent des proies chez leurs maîtres humains se trouvent en fait dans un rôle d’éducateurs… Une chatte commence à éduquer ses chatons dès qu’ils commencent à la suivre… Plus tard, elle leur donne des exercices pratiques, en lançant des proies dans leur direction, exactement comme les chats le font quand ils jouent. Les chattes ramènent même des proies blessées auprès de leur progéniture, de façon à ce que les chatons qui s’y trouvent encore confinés puissent s’exercer, d’autant plus si la proie est d’une taille maîtrisable. Ainsi, les chats qui libèrent des proies vivantes dans nos maisons ont-ils peut-être l’intention d’aiguiser nos talents de chasseurs. » (p.105)</p>
<p>Pour les personnes concernées par les chats ou la pédagogie, cette supposition de Thomas comporte plusieurs aspects dérangeants. D’abord, il y a la blessure narcissique : là nous nous imaginions puissants, admirés, des sortes de figures parentales pour nos chats, nous nous retrouvons dans le rôle de nouveau-nés maladroits, nécessitant une éducation spéciale. Pire, nous n’avons rien appris de cette éducation. Nous devons décidément être bien stupides : malgré tout le soin que le chat a mis dans son jeu,  nous n’avons même pas su reconnaître que nous nous trouvions dans une scène de pédagogie. [...]</p>
<p>Cela dit, même si nous avions reconnu l’intention pédagogique de son jeu, il est probable que nous n’y aurions pas répondu adéquatement, en « aiguisant nos talents de chasseurs » sur une proie tressautante et brisée. Il n’est pas sûr que nous voulions apprendre la leçon que nous enseigne notre chat. C’est là une autre erreur de mimétique, dans un registre plus affectif : le chat suppose que nous nous identifions suffisamment à lui pour vouloir agir comme il le fait (ie : manger des rongeurs tout vifs). Pour un enseignant humain, cet échec pédagogique du chat résonne avec une foule de cauchemars quotidiens. Certains étudiants considèrent en effet le travail de leur professeur comme une  offrande en leur honneur – une offrande servile et qui plus est franchement répugnante. D’autres acceptent volontiers les formulations qu’on leur offre, mais n’envisagent pas d’imiter le processus qui les a produites. Cela décrit très certainement une impasse fréquente, que rencontrent également les psychanalystes et les psychothérapeutes. En enseignant à des étudiants de premier cycle, provenant de milieux privilégiés, j’ai parfois eu le sentiment glaçant que, tandis que je comptais sur leur désir de me refléter, moi, mes compétences et mon savoir, ce qui les motivait était plutôt de voir en moi une sorte d’avertissement: je représentais tout ce qu’ils risquaient de devenir s’ils n’étaient pas assez <em>cool</em>, pas assez adaptables, pour échapper au goulot académique et accéder au monde des entreprises.</p>
<p>Outre les frustrations du pédagogue félin, il y aussi celles, plus dégrisantes, de ce stupide maître humain. Car il est souvent trop tard quand nous finissons par reconnaître, dans « la résistance » d’un étudiant ou d’un patient, une forme de pédagogie qu’il nous adresse, et par laquelle il nous invite à l’imiter. On peut bien se demander, après coup, si nous aurions pu, et comment nous aurions pu devenir cet enseignant ou ce thérapeute dont untel avait besoin. Peut-être voulait-il dire : essaie de faire comme moi, si tu veux m’enseigner quelque chose. Ou : ce que j’ai à t’enseigner compte plus ce que tu dois m’apprendre.</p>
<p>Eve KOSOFSKY SEDGWICK, <em>Touching Feeling : Affect, Pedagogy, Performativity</em>, Durham NC, Duke University Press, “Series Q”. 2003, p.153-154 (passage traduit par Maxime Laurent)</p>
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		<title>Harcèlement (Maxime Laurent)</title>
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		<pubDate>Mon, 08 Feb 2010 08:00:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[Noircir cette page, en une coulée dense, fluide, dont chaque lecture éprouvera l’énergie, tendre le filet de ces lignes, capturer une bête inconnue qui imprimera ses mouvements à leurs mailles resserrées,]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="center"><strong><br />
</strong></p>
<p>Noircir cette page, en une coulée dense, fluide, dont chaque lecture éprouvera l’énergie, tendre le filet de ces lignes, capturer une bête inconnue qui imprimera ses mouvements à leurs mailles resserrées, se débattant peut-être jusqu’à les déchirer – il est en nous des animaux que l’approche des mots panique, ou que leur contact tord, grille et laisse méconnaissables : on ne peut qu’aligner leurs dépouilles électrocutées – hommage ou témoignage d’une existence trop aisée à détruire, ruines qu’on expose dans la lumière blanche, dans l’indifférence muséale de la page, et que bien des visiteurs suspecteront d’avoir été contrefaites : car enfin, ça n’existe pas, pareils animaux ?</p>
<p>Noircir cette page, soigner le dessin des hampes, l’entrelacement des boucles, prolonger les crochets aussi loin que lisible, retourner ces griffes sur le flux qui les dépose, le retenir assez longtemps pour lui faire cracher des réponses, enfin : d’où ? vers où ? pourquoi ? qu’est-ce qui te pousse derrière, et vient en rythme t’écraser ici, sur cette blancheur qui demeure toujours à noircir ? Qui d’autre que moi parle ici ? et à qui ? insister, ne jamais desserrer l’étreinte de la question, quitte à ce que du flot torturé ne restent que des figures inertes, répugnantes à force d’avoir été travaillées : ce sera toujours mieux que rien, on aura l’impression d’avoir cherché ; après tout, on voulait savoir – on se sentira excusé de ce gâchis.</p>
<p>Noircir toujours, et ne rien dire d’autre que ce noircissement et ses conséquences, rendre visible et simplement noir, simplement mat ce qu’on ne voit plus tant il brille, tant sitôt posé tout vient s’y refléter, noircir sans cesse pour que ce tain reste sans miroir – ou qu’au pire, on n’y voie que le noir, sa reptation ininterrompue et contrainte, sa rage peut-être : de ne rien capturer d’autre que sa propre noirceur – sa fuite vers quelque chose à enserrer, à haïr, à aimer, même à massacrer amoureusement – son effroi de buter toujours sur cette rage, cette fuite, cet effroi – sa terreur de plus en plus en forcenée, ses contorsions paniques et ses hurlements inaudibles : laissez-moi sortir.</p>
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		<title>Conte &#8211; en rêve &#8211; du Lorialet (Raphaël Gandolfo)</title>
		<link>http://www.riponne.ch/textesenligne/2010/01/06/conte-en-reve-du-lorialet/</link>
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		<pubDate>Wed, 06 Jan 2010 18:19:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[ET AINSI LA PETITE ADOLESCENTE IDÉALE, IMPERCEPTIBLE ET MOLÉCULAIRE
Car il n’y a pas de commencement immortel. Epouillé au milieu du principe : l’œuf lunaire original – il y avait une invagination de tendresse, anorexique… et donc une violence, toute avouée aux molécules d’une adolescente, s’est mise à produire la destruction du commencement sur la cunnilinguistique de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>ET AINSI LA PETITE ADOLESCENTE IDÉALE, IMPERCEPTIBLE ET MOLÉCULAIRE</p>
<p>Car il n’y a pas de commencement immortel. Epouillé au milieu du principe : l’œuf lunaire original – il y avait une invagination de tendresse, anorexique… et donc une violence, toute avouée aux molécules d’une adolescente, s’est mise à produire la destruction du commencement sur la cunnilinguistique de phrases horribles. Il s’est produit un espace apparemment aviné, une uchronie amorale. En l’instant, la petite adolescente prend un revolver en forme de vulve et tire sur le commencement narratif : un monde est prêt à surgir parmi les possibilités. Or, les possibilités historiques meurent, restent les virtualités de récits qui seules savent le sacrifice des corps. Le corps de l’adolescente est nu et révèle sur sa surface un tracé, une carte, une zone à indice que les futurs peuples-détectives devront parcourir &#8211; avant la fondation du monde &#8211; afin d’expérimenter vraisemblablement ce que peuvent les corps, sans quoi lesdits détectives mourraient aussi connement qu’ils sont nés. Des hommes à monocle tête chercheuse apparaissent donc à l’orée d’une ville post-apocalyptique, grimés en jeunes filles – les faquins ! – qui meurent connement. Ils apparaissent comme un pullulement de moisissures par mitose, ils apparaissent comme la pellicule pourrie obombrant toute activité louable. L&#8217;oeil de Caïn fait une courte apparition avant d&#8217;être énucléé par le label des atrocités vouées bientôt à l&#8217;ennui d&#8217;être uniquement considéré en terme d&#8217;histoire. Dans le milieu de l&#8217;oeuf donc, il y avait une jeune adolescente – Lilith violant, violant les chromosomes xy. Elle se fait un shoot avec l&#8217;ADN de l&#8217;univers et s’enfile le serpent cosmique. Des relents d&#8217;amour sinueux énonçaient un code vraiment éthique : « tu ne m&#8217;auras jamais mon amour ». Lettres cherchant leur agencement afin de proposer à l’interprétation une expérimentation en vue d’un chronologie réversible. Une vague utérine détruisait le monde des créatures&#8230; tout était à refaire. Silencio et acupuncture sur boucle sigmoïde en vue d’un diagnostic du vécu : mais que s’est-il vraiment passé ?</p>
<h3><strong>Fin du premier <em>sicle</em></strong></h3>
<p>ET AINSI LA PETITE ADOLESCENTE IDÉALE, IMPERCEPTIBLE ET MOLÉCULAIRE</p>
<p>L&#8217;oeuf lunaire invagina une comptine que la race à venir pourrait réciter de génération en génération : la terre a un centre uniquement à l&#8217;horizon. Et c&#8217;est justement à l&#8217;horizon que se font détruire les cathédrales, les basilics, etc., étant donné que pour un futur lointain, certaines créatures imagineront les fonctions d’un espace sporadiquement viable. Mais la grondeur océane était envieuse, car l&#8217;océan avait produit l&#8217;oeuf lunaire et il était jaloux que celui-ci se fît un shoot avec l’ADN. Attiré par le vide, l&#8217;océan néanmoins méprisait la figure viable qu&#8217;il avait donnée pour sa plus parfaite création : le mâle. Or l&#8217;œuf lunaire, contrarié, bavait et de cette bave alambiquée avait créé une vie d&#8217;alcoolique pour masquer la véritable nature de ses avouées. Les avouées étaient émigrées, elles avaient chanté un air d&#8217;invagination facile, une fourberie à l’égard des mâles. Il fallait juste, par habitude, inventer un système d&#8217;éducation où les gens de petite race verraient leur tête tomber sur un système suranné stipulant que les siècles passés à échapper à la démesure resteraient vains. Du reste, l&#8217;oeuf pensait intelligemment qu&#8217;il fallait trouver une assise ontologique pour ses créations : les femelle – deux moins ne produisant jamais un plus. Alors il se distilla, et le miroir apparut, doppelgänger féminin. Mais dans ses rêves, l&#8217;oeuf avait oublié les alchimistes. Ceux-ci étaient vraiment doués de bon sens, voire de sens commun et ils pensèrent mener une guerre contre la progéniture adolescente. Ils moururent tous, simulant en tant que rature qu’ils pussent souffrir.</p>
<p>C’était l’ère des adolescentes Janus dans les victoires de la jeune fille Pindare. Deux visages, deux sexes jumeaux qui pouvaient se féconder. La terre illunée pouvait à nouveau se recréer.</p>
<h3><strong>Fin du deuxième <em>sicle</em></strong></h3>
<p>ET LA PETITE ADOLESCENTE IDÉALE, IMPERCEPTIBLE ET MOLÉCULAIRE</p>
<p>La lune mutait. C’était un nouveau cycle. Dans les douleurs de l’enfantement, elle produisit un androgyne. Celui-ci, dès son plus jeune âge, convoitait, penché à l’horizon de l’astre (son cou se mouvant dans une extension infinie) le nouveau monde. Il chut. Dû au clinamen, son corps se sépara et se déchira en de fines molécules, viables toutefois. Les molécules androgynes vinrent se colmater au promenoir du monde des adolescentes. Il y eut, pour un unique temps, des cris de jouissance structurée… quoique. Pour celles qui prirent les molécules au sérieux, une transfiguration s’opéra.</p>
<p>- Ne t’ai-je jamais raconté l’origine du monde ?</p>
<p>- Et que veux-tu que j’en aie à foutre ?</p>
<p>Une descente d’organe de Séléné, fort consciente de sa généalogie, prit une des molécules et, par un long sortilège lui insuffla une structure néoténique, si bien que toute la substance de ladite molécule resta à l’état larvaire hormis ses parties génitales. Or donc la molécule eut pendant de longs jours une érection – moléculaire certes… Un lorialet efféminé vint à paraître. Il jouait sous un revolver en forme de vulve. Puis partit &#8211; hahaha. Dans le bus en direction de la lune, le lorialet révisait son ADN. La lune était rouge, il espérait s’être trompé. Sa génitrice vint reprendre sa molécule. Le lorialet s’engendra seul lors une nuit de lune… une nuit de lune noire. Une jeune adolescente d’avant la fondation du monde cligna de l’œil au ralenti – fondu au noir. Mais les derniers rescapés mâles n’y verraient rien !</p>
<p>- Et quand est-il de la morale ?</p>
<p>- Mais vous n’êtes pas encore né…</p>
<p>- Cela, on l’a déjà accordé !</p>
<p>La lune mourait, elle oscillait entre le noir et le rouge. Elle confectionna, dans une forge cosmique, une redingote vitalisée dans l’ADN volé à l’univers et emmena tous ses beaux prétendants lorialets. L’océan jouait au strip poker ses enfants. Lilith troquait son nom. Les fossiles d’hommes attendaient de futures archéologues-femelles. Les enquêteurs ont eu le malheur ou le bonheur d’être mort-nés. Les tentatives de viols ont été séquestrées. L’œuf éclot : un enfant femelle sortit qui ironisait en s’excusant de sa présence dans la diégèse. Et tout devint sombre sous la face cachée de la lune. Là, le lorialet se faisait féconder par l’adolescente idéale. Il devint anorexique et presque imperceptible.</p>
<p>- Mais les molécules ?</p>
<p>Doux rêves lointains dans les veines au poison délicieux – un sifflement d’enquêteurs ésotériques – il faut dire que ça tire – effondrement de toute mythologie comme préposée de l’origine – un espacement aviné tuait à l’instant l’histoire – la jeune adolescente exultait – mais était-elle à l’origine de tout cela – imperceptible rire sélénite – à l’horizon ça crée quoi dit-on ? – une note en mineur pour la destruction de toute phrase viable – les phrases horribles invaginées se sont immiscées dans la structure de l’ADN – le commencement des morts comme prédit…</p>
<p>- Et la structure ?</p>
<p>- Une jeune adolescente dans le giron de son lorialet s’en foutait de la morale !</p>
<h3><strong>Fin du troisième <em>sicle</em></strong></h3>
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		<title>Au palais des glaces (Maxime Laurent)</title>
		<link>http://www.riponne.ch/textesenligne/2009/01/15/au-palais-des-glaces/</link>
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		<pubDate>Thu, 15 Jan 2009 14:19:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[

Il écrivait toujours, développant de longues périodes détaillées et charmantes. Relues, ces phrases semblaient une danse inquiète ; les pas à la fois décidés et retenus d’un chasseur sur une piste fraîche, ou encore le surplace nerveux du gladiateur, cherchant la faille dans l’approche de son adversaire. Devinée entre ces lignes mouvantes, la chose à dire [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="padding: 0px;">
<div>
<p style="padding-top: 0pt;">Il écrivait toujours, développant de longues périodes détaillées et charmantes. Relues, ces phrases semblaient une danse inquiète ; les pas à la fois décidés et retenus d’un chasseur sur une piste fraîche, ou encore le surplace nerveux du gladiateur, cherchant la faille dans l’approche de son adversaire. Devinée entre ces lignes mouvantes, la chose à dire prenait l’apparence fugitive d’une bête traquée, mais pleine de ressources, dont la capture serait rare et merveilleuse. Cependant, il semblait aussi bien que le gladiateur s’entraînait, qu’aucun adversaire ne s’était encore présenté, qui aurait à redouter ses coups. Ces phrases lancées ne visaient peut-être que l’air, et leurs lacets ne croisaient le chemin d’aucune proie. Une fois saisi par ce doute, l’éventuel lecteur ne s’en déferait qu’à grand-peine. Longtemps, il serait hanté par la sensation nauséeuse d’être la seule cible de ces manœuvres incompréhensibles.</p>
<p style="padding-bottom: 0pt;">Peu de choses lui étaient aussi pénibles que de se sentir interpellé par un texte. Sans crier gare, certains quittaient soudain leur distance, cessaient de l’informer pour le prendre à parti. Ce n’était pas qu’il y ait des <span>Tu</span>, ou qu’on puisse y lire des commandements explicites. Les textes de lois, les listes de recommandations ne l’intimidaient pas : il pouvait toujours identifier la voix qui les prononçait. Mais les invocations mystérieuses, imprévisibles, qui surgissaient au détour des pages ne provenaient ni de l’Etat, ni d’un quelconque supérieur qui lui prescrirait les tâches à accomplir en son absence. Là où elles se faisaient entendre, l’auteur pouvait être tenu pour innocent, car leurs voix se confondaient mal avec la sienne. Elle était à la fois plus proche et plus radicalement étrangère, comme pourrait l’être celle d’une source tiède qui se mettrait à sourdre doucement de votre oreille, jusqu’à ce qu’un liquide gris-perle vous poisse le cou, la poitrine, vous auréolant d’un parfum d’eau croupie, de tiges pourrissantes. L’invocation s’évanouissait toujours assez vite, et la voix usuelle du texte reprenait sans plus de trouble. Il revenait alors à sa lecture, avec l’impression d’un réveil trop brusque, comme si un hurlement l’avait arraché au sommeil, un hurlement passé par sa propre gorge et dont il n’aurait plus le souvenir.</p>
</div>
</div>
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		<title>L&#039;avion et l&#039;enfant (Christian Indermuhle)</title>
		<link>http://www.riponne.ch/textesenligne/2008/12/11/lavion-et-lenfant/</link>
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		<pubDate>Thu, 11 Dec 2008 14:18:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[

1ère scène : le père se promène avec l’enfant à la campagne. Il lui montre un avion qui laisse une traînée blanche dans le ciel. Ils regardent en silence, contents, semblent rêver.
2ème scène : l’enfant plus grand est seul couché sur le dos dans un champ, il regarde le ciel. Il voit un avion qui passe et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="padding: 0px;">
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<p style="padding-top: 0pt;">1ère scène : le père se promène avec l’enfant à la campagne. Il lui montre un avion qui laisse une traînée blanche dans le ciel. Ils regardent en silence, contents, semblent rêver.</p>
<p>2ème scène : l’enfant plus grand est seul couché sur le dos dans un champ, il regarde le ciel. Il voit un avion qui passe et laisse sa traînée blanche. Il l’observe tranquillement, rêveur, doux avec un léger sourire sur les lèvres.</p>
<p>3ème scène : dans la grange de sa maison, l’enfant construit une machine, entouré de plans et d’outils, qui semble invraisemblablement compliquée, avec des lentilles et des plaques de métal. Il travaille tard, de nuit. Son père vient l’observer à la dérobée, sans comprendre.</p>
<p>4ème scène : on voit devant la grange l’enfant qui se met sous sa machine terminée ; dedans, comme une sorte de gros télescope de carton, il parvient à regarder le ciel grossi par une lentille. L’avion apparaît plus gros, son panache aussi.</p>
<p>5ème scène : l’enfant améliore sa machine de nuit, dans la grange, il travaille tard.</p>
<p>6ème scène : la machine est améliorée. Par un improbable système actionné par le vent, elle semble pouvoir détecter les avions et suivre leurs trajectoires. Il faut toujours se glisser dessous pour voir à travers la lentille le trajet de l’avion, mais on bouge et bascule pour suivre son mouvement ; l’enfant y reste des heures seul à rêver.</p>
<p>7ème scène : l’enfant travaille encore. Les plans ont envahi toute la grange ainsi que les matériaux qui forment des tubulures compliquées de papier, de métal et de carton.</p>
<p>8ème scène : la machine est maintenant impressionnante. Tout le village est là pour une démonstration. Il y a discours, fanfares. Le père et très fier, il regarde l’enfant. L’enfant va faire une démonstration. Il se glisse sous la machine qui crapote et produit un peu de vapeur lorsque arrive l’avion. Tout le monde regarde la machine et le ciel.</p>
<p style="padding-bottom: 0pt;">Une petite lumière rouge s’allume et clignote. L’enfant abaisse une manette. Dans un fracas invraisemblable un tube s’ouvre sur le sommet de la machine. Un missile de métal et de carton sort du tube, il fend l’air avec une puissance effroyable, et avec une précision presque hasardeuse mais parfaite rejoint l’avion pour le faire exploser en plein ciel, dans un petit nuage qui se volatilise en quelques instants. Tout le monde s’est tu, médusé. L’orchestre ne joue plus. Le père a la bouche ouverte. L’enfant sort de son trou et frotte ses vêtements devenus poussiéreux par sa machine et regarde le ciel, visiblement content.</p>
</div>
</div>
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		<title>Le second moi. Un conte de la Saint Sylvestre à méditer (Walter Benjamin)</title>
		<link>http://www.riponne.ch/textesenligne/2008/12/10/le-second-moi/</link>
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		<pubDate>Wed, 10 Dec 2008 14:16:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[Krambacher est un tout petit employé, un homme « sans attache », comme il l’affirme aux logeuses de sa chambre meublée, dont il change toutes les quatre ou six semaines. Depuis plusieurs semaines, il se demande où il pourra passer le réveillon. Mais rien de ce qu’il tente d’organiser n’aboutit ; avec ses derniers sous, il s’est acheté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-top: 0pt;">Krambacher est un tout petit employé, un homme « sans attache », comme il l’affirme aux logeuses de sa chambre meublée, dont il change toutes les quatre ou six semaines. Depuis plusieurs semaines, il se demande où il pourra passer le réveillon. Mais rien de ce qu’il tente d’organiser n’aboutit ; avec ses derniers sous, il s’est acheté deux bouteilles de punch. A neuf heure, il commence un festin solitaire, sans abandonner l’espoir qu’on sonne encore à sa porte, que quelqu’un vienne lui rendre visite, lui tenir compagnie.</p>
<p>Cet espoir est déçu. Peu avant onze heures, il se met en route. Il a un accès de claustrophobie. Nous suivons son pas inhabituellement léger à travers les rues nocturnes. On remarque qu’il a bu. Peut-être n’est-il pas du tout parti, peut-être rêve-t-il seulement qu’il part. Ce soupçon peut s’éveiller un bref instant chez le lecteur.</p>
<p>Krambacher arrive dans une ruelle à l’écart de tout. Un sombre lampion attire son attention. Un bistrot un peu louche avec une animation pour la Saint Sylvestre ?  Mais pourquoi est-ce si calme ? Il se rapproche, aucune trace de bistrot : au-dessus d’une vitrine de magasin blanchie, impénétrable au regard et qui laisse filtrer une lumière laiteuse, on peut lire, écrit avec des morceaux de bois mort : PANORAMA IMPERIAL.</p>
<p>Il veut s’en aller ; un bout de papier graisseux sur la vitre le retient : Aujourd’hui ! Représentation de gala ! <span>Voyage à travers l’année écoulée !</span> Krambacher hésite, ouvre timidement la porte, prend garde à ne heurter personne, courage, il entre. Voici donc le panorama impérial. Il est composé de 32 chaises disposées en cercle. Dormant sur l’un des sièges, le propriétaire, un italien, veuf, Geronimo Cafarotti, qui sursaute à l’approche de son hôte.</p>
<p>Un immense flux de paroles. De son discours, on saisit que c’est complet tous les soirs ; qu’aujourd’hui, par un hasard extraordinaire, il y a moins de monde, malgré le programme de gala ; mais qu’il savait que finirait bien par arriver l’homme qu’il fallait. Et tandis qu’il contraint son visiteur à s’asseoir sur un tabouret face aux deux judas du panorama, il lui explique :</p>
<p>Vous allez faire ici une rencontre épatante, vous allez voir un homme, qui n’a aucune ressemblance avec vous : votre second moi. – Vous avez passé votre soirée à vous faire des reproches, vous avez un complexe d’infériorité, vous vous sentez inhibé, vous vous blâmez de ne pas suivre vos impulsions. Que sont donc ces impulsions ? C’est la pression du second moi sur la poignée de la porte qui conduit à votre vie. Et maintenant vous allez savoir pourquoi vous avez maintenu cette porte si fermée, pourquoi vous avez bridé vos impulsions plutôt que de les suivre.</p>
<p>Le voyage à travers l’année écoulée commence. Douze images, sous chacune d’elles une légende ; et avec ça les explication du vieux, qui se glisse d’une chaise à l’autre. Les images :</p>
<blockquote><p><span>Le chemin que tu aurais voulu emprunter<br />
</span></p>
<p><span>La lettre que tu aurais voulu écrire<br />
</span></p>
<p><span>L’homme que tu aurais voulu sauver<br />
</span></p>
<p><span>La place que tu aurais voulu occuper<br />
</span></p>
<p><span>La femme que tu aurais voulu suivre<br />
</span></p>
<p><span>Le mot que tu aurais voulu entendre<br />
</span></p>
<p><span>La porte que tu aurais voulu ouvrir<br />
</span></p>
<p><span>L’habit que tu aurais voulu porter<br />
</span></p>
<p><span>La question que tu aurais voulu poser<br />
</span></p>
<p><span>La chambre d’hôtel que tu aurais voulu avoir<br />
</span></p>
<p><span>Le livre que tu aurais voulu lire<br />
</span></p>
<p><span>L’occasion que tu aurais voulu saisir</span></p></blockquote>
<p>Sur quelques unes des images, on peut voir le second moi, sur les autres seulement les situations dans lesquelles celui-ci a voulu empêtrer le premier. On décrit les images, comment elles quittent leur place avec une petite sonnerie, pour laisser l’image suivante s’avancer, comment, à peine elles ont fini de vaciller, elles font déjà place à une nouvelle. Le dernier bruit de clochette disparaît dans le bourdonnement des cloches de la nouvelle année. Krambacher se réveille sur sa chaise, avec un verre de punch vide dans les mains.</p>
<p>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;&#8211;</p>
<p>Walter Benjamin, « Das zweite Ich. Eine Sylvestergeschichte zum Nachdenken », <span>Gesammelte Schriften</span> VII/1, Francfort/Main, Suhrkamp, 1991.</p>
<p>Traduction de l’allemand par Antonin Wiser.</p>
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		<title>La crampe (Maxime Laurent)</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Nov 2008 14:15:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[Mph. Ça y est. Tu peux t’arrêter, ça sort tout seul, ça bat sans toi, il y a cette crampe qui te prend, qui va te faire la loi un moment, tu peux enfin la laisser faire. Elle est là, à te plaquer une drôle de grimace sur la frimousse. Puis elle va partir, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-top: 0pt;">Mph. Ça y est. Tu peux t’arrêter, ça sort tout seul, ça bat sans toi, il y a cette crampe qui te prend, qui va te faire la loi un moment, tu peux enfin la laisser faire. Elle est là, à te plaquer une drôle de grimace sur la frimousse. Puis elle va partir, et un moment tu vas avoir comme un vide dans le ventre, sentir tout cet air qui passe sur tes cuisses, tu seras ouvert, tu pourras enfin être bien, comme dans un nouveau corps.</p>
<p>Mais tu en as plein le ventre. Déjà ça coule de côté. Des deux côtés. Ça file tacher le drap. Et sur le drap ça se verra. Enfin tu ne sais pas, mais tu n’aimerais pas. Ce n’est pas toi qui laves tes draps. Ni tes slips d’ailleurs, et si cette fois tu ne l’as pas fait dans ton slip, ou si tu n’a pas épongé avec, c’est que ce n’est pas toi qui tries le linge. On ne t’a pas fait des remarques, non, mais tu les imagines. Et même si elles devaient venir comme de gentilles plaisanteries, tu sais que ce serait tellement pénible. Tu n’aurais rien à répondre. Et les draps c’est pire : on va te dire qu’en plus tu es sale. Mauvais calcul, petit. Tu te dis que la prochaine fois, il faudra le faire sous la douche ou aux toilettes. Mais c’est tellement moins bien. On est trop réveillé, on ne peut pas se laisser aller. Tandis que le soir, ou la nuit, personne ne vient nous déranger, nous demander d’aller mettre la table ou de sortir le chien. Et ce qui est bien c’est justement après, c’est ce qui vient après la crampe, sinon tu ne te donnerais pas cette peine…</p>
<p>***</p>
<p>Hmph. Une coulée sur les catelles du mur. Tu ne sais pas très bien à quoi tu pensais. Mais ce serait bien de ne pas toujours se retrouver seul à devoir nettoyer. Même si là c’est facile : pschht un coup d’eau. Reste qu’en faisant ça debout, tu ne peux pas vraiment laisser faire la crampe. Faut bloquer les jambes, sinon tu te casses la gueule sur le carrelage. Bien sûr, tu pourras toujours dire que t’as glissé. Si tu t’es pas énuqué. Et si on arrive pas trop vite, si on te retrouve pas la bite à la main. Franchement, c’en est à se demander pourquoi tu le fais encore. Tu ne sais pas très bien à quoi tu pensais, mais maintenant, tu penses à ton sexe. S’il était plus gros, tu le trouverais encore plus lourd, plus encombrant – inerte, lointain, comme s’il allait tomber. Et s’il était plus petit, tu n’oses pas vraiment imaginer, mais tu aurais encore plus peur qu’il se résorbe en toi.</p>
<p>L’idéal ce serait de trouver quelqu’un pour nettoyer. Pas le faire à ta place, juste pour aider. Pour pas se trouver seul avec ce sexe soudain inerte. Tu as d’abord pensé à tes copains. Tu t’étais dit qu’eux aussi ils devaient chercher quelqu’un. Mais se branler ensemble, dans les douches de la gym ou ailleurs, c’est vraiment n’importe quoi. Ca devient à qui gicle le plus, le plus vite, le plus longtemps, le plus loin. La crampe ça se mesure pas, ça se voit pas. Ils n’ont pas l’air de pouvoir s’y intéresser. Tu n’oses pas imaginer ce qui se serait passé, si tu t’étais allongé sur le carrelage des douches ou sur un banc du vestiaire, et si tu avais fait venir la crampe, si tu l’avais laissée faire. Tu n’oses pas imaginer. Mais personne ne serait venu gentiment t’essuyer. Personne ne t’aurait demandé comment tu te sentais, ou même sans rien te demander, personne ne serait resté à côté de toi, en te regardant dans les yeux, ou en te tenant la main, comme pour te dire qu’il comprenait, que c’était bien de se laisser faire comme ça, et de rester ouvert comme ça, de rester longtemps ouvert après la crampe.</p>
<p>***</p>
<p>Hrmph. Il y en a plein le mouchoir. Tu en as marre. Toujours cette saleté de sperme à éponger. Tu fais encore quelques mouvements pour être bien sûr qu’il n’en reste plus, que tout ce jus de couilles est sorti, absorbé dans le mouchoir que tu tiens rabattu sur ton gland. Ça se calme. Mais tu en as marre. Plus tu te branles, moins tu retrouves ces moments d’abandon que tu avais enfant. Avant ces saletés d’ « éjaculations », comme ils disent. Tu jettes rageusement le mouchoir, et tu rates la corbeille à papier. Tu n’arrives pas à de débarrasser de cette rage. Plus tu te branles, moins tu sais pourquoi tu le fais. Tu es plus triste après qu’avant, plus fâché contre toi, contre le monde, plus sale aussi.</p>
<p>Un jour, tu te diras qu’après tout, cette rage et cette saleté te reviennent, qu’elles sont ce que le monde a bien voulu t’accorder. Tu comprendras mieux l’insouciance de tes copains. Tu comprendras qu’eux aussi ils ragent, et maudissent leur saleté, mais que, moins cons que toi, ils en rient, ils la crachent sur les murs, crachent leur rage à la face du monde. Alors tu retourneras te branler avec eux. Vous irez chez l’un ou l’autre voir comment des femmes se font gorger de saleté,  et à quel point elles semblent faites pour pomper votre rage. Toutefois, dans quelques scènes, où il n’y aura qu’elles, tu les envieras d’être si propres, de pouvoir se laisser ainsi ouvrir par la crampe, et se laisser aller sans devoir se précipiter sur les kleenex. Quelle injustice. Alors, comme les autres, tu jureras de te venger. Elles verront bien si elles ne sont pas des fosses à foutre.</p>
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		<title>Deux souvenirs (Maxime Laurent)</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Nov 2008 14:15:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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Quand j’avais quatre ans, je voulais être une fille. Je me rappelle cette séance chez une psychologue : moins de ce que la dame m’a dit ou fait dire, que de ce qu’une autre dame a dit à ma mère dans la salle d’attente : « C’est une bien jolie petite fille que vous avez. » Et ma [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="padding: 0px;">
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<p style="padding-top: 0pt;">Quand j’avais quatre ans, je voulais être une fille. Je me rappelle cette séance chez une psychologue : moins de ce que la dame m’a dit ou fait dire, que de ce qu’une autre dame a dit à ma mère dans la salle d’attente : « C’est une bien jolie petite fille que vous avez. » Et ma mère de répondre que non, que j’étais un garçon. Mais comprenez la dame : j’avais une barrette dans les cheveux, et un nœud rouge à pois blancs.</p>
<p>Je me rappelle aussi, mais avec plus de méfiance, d’une rêverie faite dans mon lit, face aux soleils jaunes et rouges du papier peint : je devais porter ma barrette, et on venait probablement de m’expliquer (mon père ou ma mère) que non, je ne serais jamais une petite fille ; et la rêverie était alors que, pour le devenir, il me faudrait me débarrasser de mon pénis. Le couper avec des ciseaux par exemple. J’effleurais l’idée, et n’osais pas y penser trop fort. L’idée était assez forte par elle-même. Assez nette, froide, et dure. Je jouais avec elle comme avec un objet tranchant : je jouais à me faire peur. Comme si trop y penser allait inexorablement m’entraîner à la réaliser. Et ça promettait d’être douloureux&#8230; Aujourd’hui, je n’ai plus vraiment d’images de ce moment-là, seulement les soleils du papier peint. Ce sont plutôt des sensations qui me restent : celle d’avoir été grondé, d’être tourné contre le mur à l’extrême bord du lit, d’imaginer le froid et le tranchant du métal.</p>
<p>Mes parents m’assurent qu’il y a eu plusieurs visites chez la psy. Ce qui me reste sous forme de deux souvenirs isolés n’est donc probablement qu’une condensation, la réduction d’une période troublée aux deux pôles entre lesquels j’étais alors ballotté. Mais suivant l’ordre dans lequel je les évoque, ces deux souvenirs s’éclairent d’un jour un peu différent. En effet, il m’est arrivé de me dire qu’après avoir joué dans mon lit avec le ciseau imaginaire, j’avais compris que je ne pouvais pas être une fille. Comme si l’énormité sanglante du geste imaginé avait pu me faire admettre, enfin, ce que mes parents s’acharnaient vainement à m’expliquer. Dès lors, j’imagine que la visite chez la psychologue a dû me paraître superflue, et un peu incompréhensible. Cette barrette et ce nœud dans la salle d’attente, je ne devais plus les porter  que par défi, ou par habitude. Il me semble d’ailleurs me rappeler, très nettement, d’une gêne agacée que j’aurais ressentie au moment où la dame m’avait pris pour une petite fille : ce qui n’était plus pour moi qu’une comédie, et ne valait que comme artifice, était naïvement pris pour la vérité.</p>
<p style="padding-bottom: 0pt;">Si mes rêveries d’automutilation ont pu me paraître si énormes et si irréalisables, et si la réplique de la dame m’est bien parue d’une pénible naïveté (mais je ne suis sûr ni de l’un ni de l’autre), c’était peut-être qu’au fond je ne voulais pas être une fille. Je ne voulais pas changer de corps, ni même passer pour ce que je savais très bien ne pas être. C’était peut-être seulement que je ne me sentais pas tellement garçon. Que l’imposition de ce rôle me pesait. Que rôle pour rôle, mieux valait afficher la couleur. Rouge à pois blanc.</p>
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		<title>ADIEU (Ella Balaert)</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Nov 2008 14:14:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>dieu</dc:creator>
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		<description><![CDATA[

Entre le Maître. Usé, décharné : il a passé tant d’années à parler. Chaque leçon le laissait un peu plus maigre. C’est la dernière rencontre. Le Maître va vérifier que ses leçons ont porté bons fruits. Il parle, il grogne (son dentier ne tient plus très bien). Il grogne, puis il se tait.
Alors, tour à tour, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div style="padding: 0px;">
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<p style="padding-top: 0pt;">Entre le Maître. Usé, décharné : il a passé tant d’années à parler. Chaque leçon le laissait un peu plus maigre. C’est la dernière rencontre. Le Maître va vérifier que ses leçons ont porté bons fruits. Il parle, il grogne (son dentier ne tient plus très bien). Il grogne, puis il se tait.</p>
<p>Alors, tour à tour, s’expriment ses élèves. Chacun explique la parole du Maître, ce qu’il a dit, voulu dire, et n’a pas voulu ne pas dire : tous se contredisent et parlent encore et soudain chacun pâlit : s’ils allaient tuer le Maître ? Chaque mot le laisse un peu plus maigre. Sous la peau, ne reste plus rien de chair, ni de muscle. On pourrait compter les os.</p>
<p>Alors, le Maître se lève. Il marche vers la porte et sans se retourner profère : vous m’avez compris. Ou quelque chose de ce genre. Ou de très différent. Ou rien : c’est un tel bruit d’os et de dents entrechoquées !</p>
<p>Mythique, Mutique, tout comme.</p>
<p style="padding-bottom: 0pt;">Texte tiré de : <a title="http://amisdubogue.blogspot.com/2008/11/ladieu.html" onclick="window.open(this.href); return false;" onkeypress="window.open(this.href); return false;" href="http://amisdubogue.blogspot.com/2008/11/ladieu.html">http://amisdubogue.blogspot.com/2008/11/ladieu.html</a></p>
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		<title>Les origines cliniques du concept de transversalité dans les hautes études pédagogiques vaudoises (Nicolas Petit)</title>
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		<pubDate>Sat, 08 Nov 2008 14:03:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[petits textes]]></category>

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		<description><![CDATA[Trahir, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.
Céline
L’humour est traître, c’est la trahison. L’humour est atonal, absolument imperceptible, il fait filer quelque chose. Il est toujours au milieu, sur le chemin. Il ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<blockquote><p>Trahir, qu’on dit, c’est vite dit. Faut encore saisir l’occasion. C’est comme d’ouvrir une fenêtre dans une prison, trahir. Tout le monde en a envie, mais c’est rare qu’on puisse.</p>
<p><em>Céline</em></p></blockquote>
<blockquote><p>L’humour est traître, c’est la trahison. L’humour est atonal, absolument imperceptible, il fait filer quelque chose. Il est toujours au milieu, sur le chemin. Il ne monte ou ne remonte jamais. Il est à la surface : les effets de surface, l’humour est un art des événements purs.</p>
<p><em>Deleuze</em></p></blockquote>
<p>La parution aux éditions La Découverte (2007, 644 pages) d’une biographie croisée de Deleuze et Guattari par François Dosse nous fera saisir l’occasion. Un court extrait de cette somme biographique très informée jettera une lumière philosophique et historique mondiale sur le concept de « transversalité » tel que le canton de Vaud a permis qu’il s’élabore grâce aux soins de sa Haute école pédagogique. Les arcanes conceptuels de la « transversalité » interdidacticienne s’en trouveront libérés (sous caution, scientifique<span style="line-height: 16px;">&lt;1&gt;</span>). C’est que nos jeunes apprenants « d’éthique et de responsabilité, porteurs de culture et de savoir et cherchant (plus ou moins désespérément) à s’engager dans une démarche individuelle et collective de développement professionnel<span style="line-height: 16px;">&lt;2&gt;</span>» peinent parfois à comprendre l’origine de ce qu’on leur enseigne sous le nom de « transversalité ». Le concept de « transversalité » a une origine médicale : la psychiatrie clinique. Cette origine reste pourtant marginale, il ne s’agit en effet pas d’une clinique disciplinaire dont les structures reposent sur un paradigme épistémologique compétent et/ou reconnu par un consensus supposant le respect de hiérarchies opératoires. Au contraire, l’institution pionnière en matière de « transversalité » est une clinique communautaire de la province française au cœur de la Sologne. François Dosse (p. 55) rapporte que cette curieuse institution bâtie sur les ruines du château de La Borde (d’où son nom) est une « clinique psychiatrique singulière dans laquelle on traite la folie différemment. […] L’expérience […] semble renouer avec d’autres modalités, précliniques, de l’indistinction des fous et des hommes de raison, de la normalité et de la pathologie, sans pour autant nier l’horizon médicalisant nécessaire pour apporter réponse au délire psychotique. » C’est le psychanalyste et philosophe Félix Guattari qui nous semble avoir le premier arrêté le concept de « transversalité » tel qu’il se pratique à la Hep mais que celle-ci peine encore à définir. Puisse la modeste citation (p. 81) qui suit contribuer à la stabilité épistémologique des savoirs diffusés par l’Institution concernée : Un «grand concept labordien, développé particulièrement par Félix Guattari en 1964 sur une suggestion de Ginette Michaud, est le concept de transversalité. […] L&#8217;approche transversale s&#8217;efforce de bousculer les oppositions structurales binaires et contribue à toujours faire fonctionner le dispositif machinique. Partant d&#8217;une analogie entre le mode de glissement de sens qui s&#8217;opère chez les psychotiques et les mécanismes de discordance croissante qui traversent la société, il systématise l&#8217;opposition entre les groupes-sujets et les groupes assujettis pour affirmer que cette double tentation guette tout groupe constitué. Guattari suggère de remplacer la notion trop floue de transfert institutionnel par un &#8216;concept nouveau : celui de la transversalité dans le groupe&#8217;. Ce concept s&#8217;oppose à la fois à l&#8217;axe de verticalité fondé sur un organigramme à structure pyramidale, et à une conception de l&#8217;horizontalité qui consiste à juxtaposer des secteurs différents sans les mettre en relation : &#8216;Tant que les gens restent figés sur eux-mêmes, ils ne voient rien d&#8217;autre qu&#8217;eux-mêmes&#8217;. Un certain niveau de transversalité permet d&#8217;engager le processus analytique de sortie de soi et de déplacement nécessaire dans la confrontation au groupe : &#8216;La transversalité est le lieu du sujet inconscient du groupe, l&#8217;au-delà des lois objectives qui le fondent, le support du désir du groupe&#8217;.»</p>
<p>&lt;1&gt;</p>
<p>Divers documents de la Hep s’essaient à la définition de la « transversalité », je crois néanmoins la définition labordienne proposée plus accessible. Il reste que la Hep manifeste un réel souci d’épistémologie. La frénésie avec laquelle de nombreux Professeurs enchaînent des références en témoigne. Cette sorte d’hystérie de la caution scientifique qui conduit à manier Heidegger, Lyotard, Etienne Barilier en les faisant naviguer dans les statistiques canadiennes et la haute scientificité de l’instruction genevoise doit être pensée par l’entremise de ce que Deleuze (cf. exergue) nomme l’humour. C’est probablement mal comprendre la Hep que de chercher à dresser la géométrie de son assise scientifique. Le cadre épistémologique des hautes études pédagogiques n’est pas pensable en termes géométriques parce que ses limites sont des lignes de fuite (au sens deleuzien). J’ai été immédiatement séduit par le charme de nombreux cours issus de cette pétaudière conceptuelle. Un camarade m’a fait remarquer que la Hep proposait une pratique de « l’épéclée du concept ». Cette formule vaudoise est plus appropriée. Il faut pourtant beaucoup d’optimisme pour supporter le vitalisme de la Hep. Même armé d’humour deleuzien, « l’art des événements purs » est une terrible épreuve. Le charme inhérent au foirage constant de la fondation du concept de concept ou les moments de grâce à l’occasion desquels, en réseau de professionnels, nous cherchons à fonder la morale restent peu perceptibles pour les profanes.</p>
<p>&lt;2&gt;</p>
<p>Je cite de manière transversale le document intitulé Référentiel de compétences. Je n’ignore pas qu’un avant-propos rappelle que le « concept de compétence professionnelle » évite d’en proposer une connaissance « trop détaillée et techniciste ».</p>
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